Anxiété en France : ce que les chiffres disent (et ne disent pas)
Stress et anxiété

Parler de santé mentale sans détour
Prenons un moment pour parler d’anxiété sans détour. Alors partons d’un matin ordinaire. Il est huit heures moins le quart. Vous n’avez encore rien fait de votre journée, et la boule est déjà là. Dans le ventre, ou en haut de la poitrine, comme un étau discret. Un message à ouvrir, un appel à passer, une réunion à préparer, et l’esprit qui part devant : « Et si ça se passe mal ? Et si je n’y arrive pas, cette fois encore… » Le soir, la tension ne tombe pas vraiment. Elle change de pièce, et vient s’asseoir au bord du lit.
Dans son édition 2024, le Baromètre de Santé publique France mesure que 6,3 % des adultes de 18 à 79 ans ont été concernés par un trouble anxieux généralisé au cours des douze derniers mois, et 5,9 % des actifs occupés de 18 à 64 ans. Une autre édition du même Baromètre, consacrée aux états anxieux, a mesuré que 12,5 % des personnes interrogées en 2021 présentaient un état anxieux au moment de l’enquête. Ces chiffres disent une fréquence observée dans un échantillon, pas ce que vous vivez, vous.
Ils disent aussi qu’une part importante d’adultes porte cette tension, et que vous n’êtes pas seul.e à la porter. Voici ce que ces deux éditions mesurent exactement, ce qu’elles laissent de côté, pourquoi l’anxiété finit par devenir automatique, et des pistes concrètes pour sortir du mode d’anticipation permanent, dans la journée comme au moment du coucher.
Anxiété en France : ce que mesurent les chiffres du Baromètre
Le Baromètre de Santé publique France est une enquête menée auprès d’un large échantillon d’adultes vivant en France, qui estime la part de personnes concernées par différents indicateurs de santé. Sur l’anxiété, deux éditions coexistent, et elles ne mesurent pas la même chose.
La première s’intéresse à ce que les enquêtes appellent un trouble anxieux généralisé, sur les douze derniers mois. La seconde s’intéresse à l’état anxieux au moment même de l’entretien. Une année entière d’un côté, un instant précis de l’autre : les pourcentages diffèrent, sans se contredire.
Il faut toutefois garder une limite à l’esprit : ces résultats reposent sur les réponses des participants à un questionnaire standardisé. Ils permettent de mieux comprendre l’anxiété à l’échelle d’une population, mais ne remplacent pas une évaluation individuelle par un professionnel de santé. Ils ne permettent donc pas, à eux seuls, de tirer de conclusion sur votre propre situation.
Trouble anxieux généralisé : combien d’adultes concernés en 2024
En 2024, 6,3 % des adultes de 18 à 79 ans ont été concernés par un trouble anxieux généralisé au cours des douze derniers mois, selon cette édition du Baromètre. Chez les actifs occupés de 18 à 64 ans, la part mesurée est de 5,9 %.
Six personnes sur cent, autrement dit. Dans un bureau de vingt personnes, dans une salle d’attente, dans votre équipe, il y a sûrement quelqu’un que vous croisez chaque semaine sans le savoir. Et qui, comme vous peut-être, tient très bien le masque de la journée.
Ce chiffre, souvenez-vous en, porte sur une année complète. Il n’exclut pas les périodes où ça allait mieux. L’anxiété n’est pas forcément un bloc continu : elle monte, elle redescend, elle revient à l’occasion d’une échéance, d’un changement, d’une nuit courte.
État anxieux : ce qu’une autre édition du Baromètre a mesuré
Sur un échantillon de 4 829 personnes de 18 à 85 ans interrogées en 2021, 12,5 % présentaient un état anxieux au moment de l’enquête. L’édition précédente, en 2017, portait sur 6 413 personnes.
Ce pourcentage est plus élevé que le précédent, et c’est logique : on ne mesure pas la même chose. Ici, la question porte sur l’état du moment, pas sur un trouble installé et repéré sur une année. Une personne peut traverser un état anxieux après un deuil, un déménagement, une période de surcharge, sans que cela relève du même cadre.
Ces deux indicateurs montrent que l’anxiété peut prendre des formes différentes : s’installer dans la durée ou apparaître par périodes, selon les circonstances. Dans les deux cas, elle mérite d’être prise au sérieux.
Femmes, hommes : un écart de un à trois dans les chiffres
Dans l’édition consacrée aux états anxieux, 18,2 % des femmes interrogées présentaient un état anxieux, contre 6,4 % des hommes. Un écart important, qui mérite toutefois d’être interprété avec prudence : ces chiffres décrivent une différence observée, mais n’en expliquent pas les causes. Par ailleurs, une prévalence plus faible chez les hommes ne signifie pas qu’ils sont épargnés par l’anxiété. Et si vous vous reconnaissez dans ces chiffres, ils ne disent rien, à eux seuls, de la gravité de ce que vous vivez. Vous n’avez pas besoin d’attendre que la situation s’aggrave pour en parler.
Près de trois personnes concernées sur dix n’ont rien mis en place
En 2024, le Baromètre indique que près de 30 % des personnes concernées par un trouble anxieux généralisé n’ont pas eu recours à des soins en lien avec leur santé mentale. Ce chiffre rappelle aussi que l’anxiété peut rester longtemps sans prise en charge. On peut avoir tendance à attendre que la situation s’aggrave, à se dire que « ce n’est pas si grave » ou que d’autres ont davantage besoin d’aide. Pourtant, il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller vraiment mal pour en parler à un professionnel. Si l’anxiété prend une place importante dans votre quotidien, cela peut déjà être une bonne raison de demander de l’aide.
Ce que ces chiffres ne disent pas sur qui a besoin d’aide
Aucun chiffre ne permet de déterminer ce que vous vivez personnellement. Se reconnaître dans les résultats d’une enquête ne constitue pas un diagnostic, tout comme ne pas s’y reconnaître ne signifie pas que tout va bien. Ce qui importe surtout, c’est la place que l’anxiété prend dans votre quotidien. Est-ce que vous anticipez constamment ? Est-ce que vous évitez certaines situations que vous aimiez auparavant ? Est-ce que votre corps reste tendu, même lorsque vous êtes en week-end ? Est-ce que le calme a du mal à revenir le soir ? Si vous vous reconnaissez dans ces situations et qu’elles vous pèsent, vous n’avez pas besoin d’attendre qu’un chiffre confirme que vous devriez demander de l’aide.
Pourquoi l’anxiété s’installe et résiste, jour après jour
L’anxiété peut s’installer parce qu’elle a d’abord semblé utile. Anticiper, prévoir, vérifier sont des réflexes qui ont pu protéger quelque chose, à un moment. Avec la répétition, ils continuent parfois de tourner tout seuls, même quand il n’y a plus rien à surveiller.
Votre corps, lui, suit souvent le mouvement : la respiration peut devenir plus haute, les épaules se crisper, le cœur s’accélérer. Chez beaucoup de personnes, cette tension physique semble entretenir l’inquiétude, comme un cercle qui se referme sur lui-même.
Ajoutez l’évitement. Vous repoussez l’appel, vous reportez la décision, et le soulagement est immédiat. Ce soulagement peut, chez certaines personnes, renforcer l’idée que la situation était bien dangereuse. C’est une des raisons pour lesquelles le stress et l’anxiété quotidienne résistent si bien aux bonnes résolutions.
Et le soir, ce mode d’alerte ne s’arrête pas net à l’extinction de la lumière. Quand l’esprit reste en activité au moment du coucher, le sommeil, lui, attend. C’est un mécanisme que j’ai exploré ailleurs, du côté des pensées qui tournent au coucher.
Pourquoi « se raisonner » ne suffit pas
Se raisonner échoue souvent parce que l’anxiété ne se joue pas à l’endroit du raisonnement. Vous savez très bien que le scénario catastrophe est improbable. Vous pourriez le démontrer point par point. Et la boule reste là.
Vous avez probablement déjà tout tenté de ce côté : les arguments, les listes de preuves, la pensée positive, le fameux lâcher-prise. Si les arguments suffisaient, ça aurait marché depuis longtemps. Ce n’est pas un manque de caractère, ni un défaut de discipline.
Et puis il y a autre chose. Vous savez déjà être calme. Vous l’avez vécu, en vacances, dans une conversation qui vous a absorbé.e, à un moment où vous avez oublié de surveiller. Cette capacité n’a pas disparu. Elle est simplement recouverte par une alerte qui prend trop de place.
Des pistes pour apaiser l’anxiété au quotidien
Voici quelques pistes qui n’essaient pas de faire taire l’inquiétude, mais de lui donner une place moins envahissante. Elles se pratiquent sur plusieurs jours, sans note à la fin.
- Séparer le problème du scénario. Écrivez la phrase qui tourne. Puis demandez-vous : est-ce un problème d’aujourd’hui, sur lequel je peux agir, ou une projection sur demain ? La réponse ne calme pas tout, mais elle trie.
- Donner un rendez-vous à l’inquiétude. Un moment court, dans la journée, à heure fixe, où vous vous autorisez à examiner ce qui vous préoccupe. En dehors, vous notez et vous reportez.
- Allonger l’expiration, sans technique compliquée : une inspiration normale, une expiration plus longue, quelques fois de suite. C’est une manière de parler au corps directement.
- Marcher quelques instants dehors, monter un escalier, bouger avant de réfléchir. La tension d’anticipation se décharge souvent mieux par le mouvement que par l’analyse.
- En parler à quelqu’un. Dites simplement ce que vous vivez, par exemple : « En ce moment, je me sens tendu.e presque tout le temps. » Mettre des mots sur ce que vous ressentez peut déjà aider à prendre du recul et à ne plus porter cela seul.e.
Ce que l’hypnose peut apporter, sans remplacer un suivi
L’hypnose s’adresse à l’état d’alerte qui entretient l’anticipation, plutôt qu’aux arguments que vous vous donnez. Je m’appelle Jonathan Cuinat. Après un parcours d’ingénieur, je me suis formé à l’hypnose ericksonienne à l’ARCHE, et j’accompagne aujourd’hui en visio les personnes qui vivent cette anticipation permanente. L’hypnose ericksonienne mobilise un état d’attention particulier, celui qu’on connaît quand un film nous absorbe, pour laisser un changement s’installer sans passer par la logique.
En séance, on part de ce que votre esprit s’obstine à surveiller et de ce qui fait monter la tension, pour construire, petit à petit, une réponse qui prenne moins de place. Mon approche est simple, structurée et personnalisée, parce que personne n’anticipe exactement de la même façon. Pour voir à quoi ressemble concrètement une séance, tout est détaillé par ici, et mon parcours est raconté là.
L’hypnose n’a rien d’automatique. Personne ne peut vous promettre un résultat précis ni un calendrier, et elle vient en complément d’un suivi médical ou psychologique, jamais à sa place.
Quand consulter votre médecin, sans attendre
Un avis médical s’impose sans attendre dans certaines situations, et elles valent la peine d’être nommées. Si cette tension vous coupe de votre travail, de vos proches, ou de ce que vous aimiez faire. Si elle dure depuis des semaines sans faiblir. Si vos nuits en pâtissent au point que la fatigue déborde sur vos journées. Dans ces cas-là, votre médecin reste la bonne personne pour en parler, y compris si un traitement est déjà en place : c’est avec lui que cette question se discute.
Et si des idées noires traversent tout ça, n’attendez pas d’être seul.e avec elles. Le 3114 écoute jour et nuit, gratuitement : c’est la ligne à composer quand ça dépasse ce qu’on peut porter seul.e.
Et vous, où vous situez-vous face à ces chiffres ?
En lisant ces chiffres, vous êtes-vous reconnu dans certaines situations ? Ou vous êtes-vous plutôt dit : « Ce n’est pas si grave, je gère » ? Cette tendance à minimiser ce que l’on ressent peut parfois conduire à attendre avant de demander de l’aide. Vous avez déjà connu des moments de calme, et cette capacité peut se retrouver. Le travail consiste notamment à réduire la place que l’alerte et l’anticipation prennent dans votre quotidien. Si vous souhaitez essayer une première approche, vous pouvez demander mon audio d’hypnose offert et l’écouter au moment du coucher, pour porter votre attention sur autre chose que les préoccupations du lendemain. Si cette tension dure depuis longtemps et pèse sur votre quotidien, vous n’avez pas à rester seul avec elle. En parler à un médecin, à un proche ou à un professionnel peut être une première étape.
Questions fréquentes
Combien d'adultes sont concernés par l'anxiété en France ?
En 2024, le Baromètre de Santé publique France situe à 6,3 % la part des 18-79 ans touchés par un trouble anxieux généralisé sur douze mois. Une autre édition relève 12,5 % d'état anxieux chez les personnes interrogées en 2021.
Est-ce que les femmes sont plus concernées que les hommes ?
Dans l'édition sur les états anxieux, oui : 18,2 % chez les femmes contre 6,4 % chez les hommes, soit trois fois plus. Un écart mesuré n'explique pas à lui seul son origine, et il ne banalise la situation de personne.
Que veut dire « trouble anxieux généralisé » dans ces enquêtes ?
C'est une catégorie utilisée en santé publique, repérée par questionnaire auprès d'un échantillon de personnes. S'y retrouver ne signifie pas qu'un diagnostic est posé : seul un médecin peut évaluer votre situation à vous.
Pourquoi tant de personnes concernées n'en parlent à personne ?
En 2024, environ trois personnes concernées sur dix n'ont entrepris aucune démarche de soin pour leur santé mentale, selon le Baromètre. Beaucoup attendent que ce soit « assez grave ». Il n'existe pas de seuil à franchir pour en parler.
Quand faut-il en parler à un médecin ?
Sans attendre, dès que cette tension empêche de vivre normalement, s'installe dans la durée ou abîme vos nuits depuis plusieurs semaines. Le 3114 répond gratuitement, jour et nuit, à toute personne traversée par des idées suicidaires.
Est-ce que l'hypnose peut aider quand l'anxiété prend trop de place ?
Ça dépend de chaque personne : rien ne se joue à l'avance, et personne ne peut vous promettre un calendrier. L'accompagnement vise l'alerte qui nourrit l'anticipation. Il vient en complément d'un suivi médical ou psychologique.
